Témoignages : Apprendre- Oublier- Réapprendre- Mémoriser

Habituellement sur les blogs pros, on ne voit pas les auteurs se dévoiler. Seulement ce blog n'est pas un blog comme les autres puisque, si je suis une professionnelle, je suis également concernée par les difficultés dys aussi je vous propose un témoignage où deux histoires s'entremêlent, celle de ma fille cadette et la mienne. En effet, je pense que ces deux histoires éclaireront sur les difficultés que les dys rencontrent...

Réussite au bac

La semaine dernière, j'ai partagé la réussite de ma fille au bac sur la toile (lien). Si l'aînée n'a pas décroché de mention, j'étais tout aussi fière lorsqu'elle a réussi cette épreuve. Je savais par où l'une et l'autre était passée, je savais que l'aînée avait dû affronter les souffrances scolaires qu'elle avait endurées, que la cadette avait énormément travaillé pour ce résultat.
Et puis, oui, j'étais fière de mon accompagnement, de mes choix. On m'a si souvent dit que je faisais fausse route, mais j'ai tenu bon : le bonheur d'apprendre était plus important que le reste. Tant pis si aucun diplôme ne venait affirmer leurs connaissances.
Pour des raisons différentes, chacune a choisi de tenter le bac et chacune a réussi ses objectifs. L'aînée visait le bac, pas une mention. La cadette visait la mention afin d'être certaine d'avoir l'affectation souhaitée.
Dans les deux cas, j'ai partagé.
Parce que j'étais fière d'elles.
Parce que j'avais aimé découvrir les réussites de jeunes non scos au bac.
Parce que je voulais montrer que la dyspraxie pouvait être repoussée... 

L'accident de voiture

Si j'étais fière, si j'avais conscience de son travail, l'espace d'un moment, je n'ai pas prêté attention à ce que cela signifiait...
Et puis, il y a eu l'accident... Un accident qui a détruit la voiture, mais heureusement nous a laissé indemnes. Je n'étais pas au volant. En revanche, depuis deux mois, je conduisais une voiture automatique, un bonheur !! Un véritable soulagement pour moi qui dois toujours prêter attention à tout et pour qui, conduire est fatiguant.
Sans automatique, j'ai repris une voiture avec boite manuelle. Alors que j'ai mon permis depuis plus de 20 ans, j'ai commencé par caler plusieurs fois, impossible de savoir sur quelle pédale appuyer, tout s'embrouillait ! Après de longues minutes à m'échiner sur cette voiture qui n'en faisait qu'à sa tête, j'ai enfin réussi à démarrer. Les cheveux au vent, la frime au volant, ce n'était plus pour moi.
C'était il y a près de 15 jours... Je commence tout juste à ne plus caler, je dois sans cesse réfléchir, retrouver mes repères. La conduite est de nouveau épuisante...
La dyspraxie, c'est ça : peiner à apprendre... enfin obtenir un automatisme pour mieux le perdre quand il est délaissé... devoir tout recommencer, savoir que les automatismes reviendront mais avec difficulté... La dyspraxie, c'est s'adapter, compenser.

Réaliser l'ampleur du travail et de l'adaptation

Quand j'ai lu que ma fille avait obtenu 19/20 en littérature (épreuve réservée aux bac L en terminale), j'ai été fière et j'ai pensé que cette note était méritée car elle avait énormément travaillé (lien).
Et puis, quelqu'un de notre entourage a dit que "c'était facile". Cette personne ne savait pas de quoi elle parlait, elle n'avait jamais passé cette épreuve. J'ai revu les moments de découragement, les efforts toujours plus grands, la difficulté à gérer son temps (la semaine précédente, elle ne parvenait pas à réaliser deux mini-disserts dans le temps imparti). Il fallait identifier les mots clés, construire deux plans, restituer rapidement toutes les connaissances puisque 4 oeuvres sont à maitriser sur le bout des doigts avec des citations précises issues de celles-ci.
Une épreuve de force pour une dys.
La mémorisation est difficile pour L. C'est pour l'aider que j'ai écrit Mémoire d'éléphant- Mémoriser avec un trouble dys, un TDA ou pas. Elle l'a lu, a appliqué mes conseils. L. est une bosseuse, elle a utilisé mes astuces, ajouté les siennes car elle a développé tout au long de ces années de grandes qualités d'autonomie et d'adaptation.
Finalement ce commentaire inopportun "c'était facile", mes propres difficultés avec la voiture m'ont permis de réaliser à quel point elle avait assuré.
Oui, L. est dyspraxique, mais elle a une volonté immense et ces années de mise en confiance grâce à des apprentissages bonheur, grâce à des adaptations qu'elle a su reprendre à son compte et développer lui permettront, j'en suis persuadée, de continuer à repousser les limites.

Ce billet ouvre une nouvelle rubrique intitulée "Témoignages". Si vous aussi, vous avez des enfants ou des élèves extraordinaires et souhaitez partager sur le blog, n'hésitez pas à m'écrire (formulaire à droite du blog).

Merci d'avoir lu cet article et à très bientôt pour de nouveaux outils !